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Comment naviguer dans une mer à changement climatique? En mettant les perspectives inuites sur la carte.

Papier: Dawson, Jackie, Natalie Carter, Nicolien van Luijk, Colleen Parker, Melissa Weber, Alison Cook, Kayla Gray et Jennifer Provencher. 2020. «Infuser les connaissances inuites et locales dans les couloirs de navigation à faible impact: une adaptation à l'augmentation des activités de navigation et au changement climatique dans l'Arctique canadien». Sciences et politiques environnementales 105 (mars): 19–36. https://doi.org/10.1016/j.envsci.2019.11.013.

Planification des couloirs à faible impact dans les mers changeantes de l'Arctique canadien

En ce qui concerne les eaux de l'Arctique canadien, la navigation est fluide. Ces eaux sont souvent couvertes de glace, même au milieu de l'été. Les navires de ces régions courent le risque d'entrer en collision avec des icebergs ou d'être piégés dans la glace. Pour les communautés inuites indigènes de ces mers, des millénaires d'expérience et d'observation ont fourni les connaissances nécessaires pour voyager en toute sécurité dans cette région.

Aux XIXe et XXe siècles, les commerçants européens ont cherché un moyen de naviguer dans ces mers. Malgré leur manque de connaissances à long terme de la région, les commerçants ont réussi à créer une route appelée le passage du Nord-Ouest qui reliait les océans Pacifique et Atlantique. Cependant, les défis de naviguer dans des eaux glacées signifiaient que cette route était souvent trop dangereuse à utiliser.

Aujourd'hui, cela change. Le changement climatique a un impact considérable sur la glace de l'Arctique canadien. La couverture de glace diminue chaque année, et les étés dans cette voie navigable historiquement glacée devraient être totalement libres de glace d'ici 2030. Par conséquent, la navigation dans l'Arctique augmente déjà. La distance totale parcourue par les navires dans l'Arctique canadien a triplé entre 1990 et 2015.

Navire se déplaçant à travers la glace arctique

Navire de l'Agence nationale océanique et atmosphérique (NOAA) Arpenteur a parcouru les eaux glacées de l'Arctique canadien pendant son service de 1960 à 1995. Aujourd'hui, ces eaux sont marquées par l'augmentation du trafic maritime et la diminution de la couverture de glace. La source: Photothèque NOAA.

Le gouvernement canadien est bien conscient de l'intérêt d'utiliser ces eaux pour la navigation. Trois organismes gouvernementaux se sont réunis pour élaborer un plan visant à acheminer le trafic maritime croissant dans les eaux arctiques, créant Couloirs à faible impact qui évitent de nuire indûment aux personnes, à la faune et aux navires.

Intégrer les voix des Inuits dans la planification grâce à la cartographie participative

Mais il y avait un problème dans le processus de planification du corridor à faible impact. Dans le développement initial des corridors proposés, les représentants du gouvernement n'ont pas réussi à impliquer les perspectives autochtones, malgré le fait que les corridors de navigation proposés traversent de vastes zones de patries inuites, Inuit Nunangat. Les collectivités côtières inuites seront directement touchées par l'augmentation des expéditions. De plus, ces communautés détiennent des connaissances importantes sur la région, étant donné leur présence à long terme là-bas. Sans voix autochtones impliquées dans la planification, le gouvernement a raté les connaissances des personnes qui connaissent le mieux ces domaines.

Carte illustrant les communautés inuites en cours

Quatorze communautés inuites réparties dans cinq régions (zones ombragées) se sont jointes au processus de réaménagement des couloirs proposés (bleu foncé) à travers les eaux de l'Arctique canadien. Source: Dawson et al 2020.

Cherchant à combler cette lacune, quatorze communautés inuites se sont jointes à une équipe de chercheurs et d'organismes gouvernementaux canadiens recueillir des commentaires sur les couloirs proposés grâce à un processus de cartographie participative. Dans cette approche, les membres de la communauté ont partagé leurs idées lors d'ateliers. Ils ont ajouté leurs points de vue aux cartes du gouvernement, annotant et redessinant des couloirs basés sur l'utilisation humaine, la présence de la faune et les impacts du trafic maritime à travers ces zones.

Aperçu de la cartographie participative: faune, autoroutes de la glace et sécurité des navires

Tout au long de leurs recommandations, les membres de la communauté inuit ont souligné les liens étroits entre la faune et les humains dans l'Arctique canadien. Le bruit et l'activité des navires qui passaient pourraient perturber les bélugas, les narvals et les baleines boréales, les phoques annelés et barbus, les ours polaires et un certain nombre d'espèces d'oiseaux de mer et de poissons. Les membres de la communauté ont souligné des interdictions de longue date contre la chute d'un rocher ou le sifflement autour d'habitats importants, car cela pourrait effrayer la faune. Le bruit des navires, en comparaison, est assourdissant. Les communautés ont recommandé d'éloigner les couloirs de navigation des zones écologiques les plus sensibles et ont encouragé l'investissement dans des navires plus silencieux dans l'ensemble. Ce n'est pas seulement pour le bien de la faune mais aussi pour la santé humaine; de nombreuses communautés inuites dépendent de la chasse de subsistance. La protection de la faune contribue à protéger la sécurité alimentaire locale.

Carte avec couloirs de navigation

Légende: Les communautés de Resolute et Gjoa Haven ont édité des cartes de couloir pour mettre en évidence les zones où la navigation est acceptable (bleu clair et violet) et les zones où elle devrait être évitée ou limitée (rouge clair et rouge foncé). Source: Dawson et al 2020.

En plus de protéger les espèces, les membres de la communauté ont souligné l'importance de maintenir la glace de mer dans la mesure du possible. Dans l'Arctique canadien, la glace de mer est une ressource cruciale pour les humains et la faune. C'est ce qu'on appelle une «autoroute de glace», car les humains, les caribous et les ours polaires naviguent à travers des étendues gelées. La fonte des glaces due au changement climatique est une préoccupation majeure pour la connectivité de la faune, la sécurité alimentaire et le bien-être. Les navires peuvent aggraver la débâcle qui se produit déjà. Même lorsque la glace recongèle après le passage d'un navire, elle peut se reformer avec des lignes de fracture et des contours qui rendent la traversée difficile pour les humains ou les animaux. Certains membres de la communauté ont déclaré être revenus d'une partie de chasse et ont constaté qu'un navire avait brisé la glace le long de leur route vers la maison. Avec du carburant et des fournitures, ils ont pu attendre qu'il gèle à nouveau avant de traverser en toute sécurité, mais d'autres chasseurs pourraient ne pas être aussi chanceux.

Ces recommandations ont également révélé d'importantes considérations de sécurité pour les navires eux-mêmes. La plupart des cartes marines existantes pour les eaux de l’Arctique canadien ont été créées à la fin des années 1800 et au début des années 1900. Seul un quart des corridors proposés ont été étudiés au niveau moderne. En formulant des recommandations, les participants ont noté les endroits où les couloirs se chevauchaient avec une mer particulièrement agitée. Par exemple, les membres de la communauté ont partagé des histoires orales qui décrivent des icebergs aspirés sous l'eau à l'embouchure du détroit de Bellot, posant des dangers invisibles pour les navires qui passent. Ce type de connaissances ne figure pas dans les cartes et les enquêtes du gouvernement. Les membres de la communauté ont recommandé aux navires d'éviter le détroit tous ensemble, ou du moins de communiquer fréquemment avec la Garde côtière canadienne et les communautés locales pour connaître l'état actuel de leurs routes.

Progrès passés et futurs

Il existe déjà des preuves que les compagnies maritimes prennent au sérieux les recommandations de la communauté inuite. En 2017, une société minière qui opère dans la région a prévu de commencer le transport hivernal vers et depuis leurs mines, mais après avoir entendu les commentaires de la communauté sur les effets négatifs de la débâcle, elle a abandonné ce plan.

Ces décisions s'accompagnent d'une multitude de compromis complexes pour les communautés locales. Par exemple, dans plusieurs endroits, les membres de la communauté ont recommandé que les navires empruntent des routes plus longues pour éviter les zones sensibles – mais ils ont reconnu que les routes plus longues nécessiteront plus de carburant, plus d'émissions et des coûts plus élevés pour les marchandises transportées. La recherche de ces compromis est un élément important de la planification communautaire.

Alors, à quoi ressemble l'avenir pour les eaux de l'Arctique canadien? Peut-être que la seule chose que l'on puisse dire avec certitude est que les conditions seront différentes. Les recommandations devront être continuellement reconsidérées, car les effets sociaux et écologiques d'un corridor ne manqueront pas de changer. En superposant des cartes avec différents types de connaissances, les communautés inuites et le gouvernement élaborent un plan d'expédition qui est réactif et dynamique. Dans un monde en évolution rapide, ce processus participatif pourrait offrir les meilleures chances de réussir l'adaptation.

Image bio d'Ellie Oldach

salut! Je suis doctorant en troisième année à l'Université de Californie à Davis au Center for Environmental Policy and Behavior. Mes recherches portent sur la façon dont les communautés côtières prennent des décisions concernant l'adaptation au changement climatique. J'ai la chance d'explorer cette question à travers la côte ouest (à l'école!) Et la côte est (à la maison!). Quand je ne fais pas de doctorat, je suis le plus heureux lorsque je lis, écris, fais de la randonnée ou regarde la mer – que ce soit le Pacifique ou l’Atlantique.

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